ABABC(A)B

La structure d’une composition

Une fois que l’on a une idée plus ou moins précise des  principaux éléments de sa composition, se pose assez vite la question de la structure générale. Quasiment dès les premiers instants de sa genèse, j’ai besoin de superposer la vision de près (les premières  idées qui me sont venues, à savoir un motif mélodique, une couleur d’accord…) et de loin (quelle structure générale ? Combien de parties ? Combien de mesures dans chaque partie?…). Avoir le projet d’une  forme générale dès les premiers instants me permet de savoir dans quel sens développer mes idées. Evidemment, cette forme évolue en même temps que la composition. Le sujet étant très vaste, l’objectif de cet article ne pourra être que modeste. Aujourd’hui, je ne parlerai que des compos type “chanson”, dont la forme générale se conçoit souvent assez  facilement. On réservera les morceaux instrumentaux purs pour une prochaine fois.

 

Pour info, si des débutants lisent ces lignes, une “grille” ressemble à ceci :

Tirée de nuagedeswing.free.fr

Chaque case correspond à une mesure (généralement, 3 ou 4 temps, encore qu’on puisse s’amuser avec des mesures irrégulières, mais on verra ça un autre jour), et dans chacune on note l’accord qui sera joué pour accompagner le thème (thème=mélodie). Des questions ?

 

  1. La grille à un thème (AAAA..)

Le minimum syndical de la composition, c’est une mélodie et des accords qui tournent en boucle sur 4, 8 ou 16  mesures, sans évolution notable.  Quand on gratouille un peu à 15, 16 ans, nos premières compositions ressemblent souvent à ceci :

La difficulté de la structure AAAAAAAAAAAAARGH…. vient de sa simplicité même. Une fois qu’on a trouvé un joli thème, comment le répéter sans laisser une impression de pauvreté ou de boucle qui emprisonne ? S’il s’agit d’une chanson dite “à texte”, cette forme peut bien fonctionner, car l’auditeur se concentrera sur la qualité des paroles. Mais il faut que le texte assure vraiment. En la matière, la chanson française au 20ème siècle a produit de bien belles choses :

Léo Ferré, “Avec le temps”

En ce qui concerne la musique, dès qu’on doit répéter quelque chose indéfiniment, on peut adopter deux solutions contraires. La première consiste à ne jamais jouer le thème deux fois de la même manière, ce qui demande un effort d’arrangement. A mes yeux, “Sloop John B” des Beach Boys en est un exemple particulièrement convaincant. La grille est répétée une petite dizaine de fois (je n’ai pas compté), et pourtant on n’entend jamais la même chose. Ecoutez bien ceci je vous prie, chaque couplet apporte son lot d’inventions qu’il s’agisse des harmonies vocales ou de l’instrumentation.

C’est beau comme un conte de fée avec un château, un dragon et une princesse.

La solution inverse, en apparence plus simple mais plus casse gueule, consiste à ne rien changer, ou très peu, d’une répétition à l’autre. Les musiques tribales ont beaucoup usé de ce procédé qui peut faire entrer l’auditeur dans un état de transe, quand c’est réussi. Sinon, c’est vite saoulant… On retrouve cela  dans des musiques plus actuelles. Concernant la musique électronique, et les musiciens faisant usage de loop stations, je pense que Paug ne me contredira pas et aura même des suggestions à vous proposer. Moi, j’avais envie de vous présenter ceci, dans un sytle post-rock.

Mogwai, “Pano Rano” :

Solution plus rarement employée mais géniale, la grille modulante : cela consiste à intégrer dans la grille  une bizarrerie harmonique qui fait que, lorsque  le dernier accord conduira naturellement à répéter la mélodie, on sera dans une autre tonalité. C’est un petit tour de magie qui permet de bien faire monter la sauce. Une belle illustration, “Knights of Cydonia” de Muse  :

http://www.youtube.com/watch?v=GjXWtEqs8I4

On part de Em. La mélodie conduit au milieu de la première grille du thème sur un Cm, qui fait nous fait sortir de la tonalité et qui s’installe confortablement. Le même thème sera donc répété, mais dans cette nouvelle tonalité. De Em, on est donc passé à Cm. Vous suivez ?

La chanson de Barbara, L’aigle noir, repose toute entière sur ce  procédé, dont la délicatesse consiste à s’imposer naturellement, sans se faire remarquer.

C’est tout le temps la même chose, mais ce n’est jamais pareil. Dingue, non ?

  1. La forme couplet/refrain (ABAB)

Le fait d’imaginer un deuxième thème (qui pourra être le refrain) permet de sortir de la répétition. Le passage sur un refrain est aussi l’occasion de faire monter l’intensité de la chanson d’un cran ou deux si on a bon goût, voire de franchir le mur du son si on n’a peur de rien. Attention, ça tâche.

Lara Fabian, “Je t’aime” :

Assez souvent, le refrain correspond à une modulation, ou un passage par le quatrième degré. Par exemple, dans “La javanaise” le premier accord du couplet (Maj7) devient 7 dans le refrain et bifurque ensuite logiquement sur un degré IV.

Dans “Il est cinq heures Paris s’éveille” interprété par Jacques Dutronc, l’accord mineur sur le couplet  devient majeur sur le refrain.

Donc, par conséquent, en résumé, pour tout dire et en bref : si vous bloquez sur une compo, vous jouez votre premier thème et à la sortie, le pied sur l’accélérateur, vous balancez un quatrième degré. A tue tête et à sec. Voyez ce qui sort. Y a une chance sur deux pour que ça marche.

  1. La chanson à 3 thèmes (ABABC(A)B)

Malgré le changement d’intensité apporté par le refrain, celui-ci conserve généralement l’esthétique du couplet.  Si vous voulez ajoutez à votre compo  une grande fenêtre ouverte sur l’extérieur, ajoutez donc un troisième thème (Pont en français, Bridge en angliche. Encore que ce ne soit pas toujours un pont ; ça peut aussi être la longue conclusion d’un morceau par exemple, comme dans “Hey Jude”). Tout existe, tout se fait, mais la forme type est :

Couplet Refrain Couplet Refrain Pont Couplet et/ou Refrain. Autrement dit : ABABC(A)B

Ce troisième thème, qu’on n’entend qu’une fois est votre épice originale qui peut changer un bon plat familial en création gastronomique. Et je vous conseille de n’avoir peur de rien. Faites en sorte que le C soit l’exact contraire de tout ce que le morceau dit par ailleurs.  Si vous avez écrit une valse musette qui rappelle  “A Joinville le Pont” dans le A et le B, votre C doit être du metal gothique avec infrabasse, double pédale  et chauve souris décapitées. Sans déconner ? Sans déconner. Un chef d’oeuvre du genre est “English man in New York”, de Sting,  très beau morceau sans plus, si on s’arrête aux thèmes du couplet et du refrain.  C’est le pont qui en fait un chef d’oeuvre.

Ecoutez ce qui se passe autour de 2 min 10 si vous aviez omis ce détail  :

Alors, vous croyiez écouter du Bob Marley chantant après avoir fumé du thé ? Pan dans les dents : changement de tempo brutal, accompagnement dans le style bebop et solo de saxophone par Branford Marsalis. Vlan. Et ça c’est quoi, du poulet ? Euh, du reggae ?

Et quand vous n’êtes pas inspiré par un tel coup de génie, le bon vieux solo instrumental sur la grille du couplet ou du refrain, avant le couplet final n’est pas mal non plus. Plus simple dans la structure, mais très efficace si on a invité Clapton pour l’occasion, comme les Beatles sur “While my guitar gently weeps”

Et pour finir, je lance un petit concours de chanson à UN thème. Pas d’intro, pas de  Coda, pas de refrain. Un thème répété (chanson on instrumental), et c’est tout, mais avec toutes les variations possibles en terme de paroles et d’arrangement. Envoyez nous vos propositions (mp3, lien sur Youtube). Si à la rédaction on n’a pas envie de vous faire avaler votre ampli  après le deuxième couplet, vous serez mis en tête de gondole dans nos rayons !

Gérer sa bibliothèque iTunes à l’heure du digital DJing

2015, le DJ est devenu la figure incontournable de l’industrie musicale. Qu’il s’agisse d’un producteur répondant à l’appel des feux de la rampe, de l’animateur de ton mariage, ou de ton petit frère, le DJ tel l’agent Smith dans la trilogie Matrix est omniprésent, en chacun de nous.

tumblr_nnrygf7mMm1spxzuxo1_500Year 2030 : everyone’s a DJ

De nombreux éléments nous permettent de comprendre cette montée en puissance au fil des années mais pourraient faire l’objet d’un blog entier tant les leviers de cette ascension sont nombreux. Je pense tout d’abord au coût moindre qu’a longtemps représenté un DJ seul face à un groupe de musiciens à payer pour une soirée, à l’engouement pour les musiques électroniques depuis plus d’une vingtaine d’année ainsi qu’à l’avènement des technologies du numériques qui ont permis à tout un chacun d’accéder immédiatement à la quasi totalité des créations musicales disponibles.

C’est sur ce dernier point que j’aimerais m’attarder aujourd’hui. La bonne gestion de sa bibliothèque s’apprend et requiert de mettre en place dès le début de bonnes habitudes, histoire de ne pas avoir à tout reprendre en cours de route.

Gérer et classer sa bibliothèque numérique est primordial, cela permet de donner un cadre stable pour s’orienter plus facilement durant un mix en fonction de vos envie et des attentes et réactions du public.

La première chose à faire est de définir cette bibliothèque. J’utilise iTunes et le reste de l’article  se concentrera sur ce logiciel qui, bien que n’étant pas exempt de défauts, me convient particulièrement. Vous pouvez ainsi créer une bibliothèque différente de votre bibliothèque personnelle, ou bien mélanger les deux à condition de classer l’ensemble de vos dossiers, playlists et titres de DJ au sein d’un dossier particulier, bien nommé « DJ ». Original, n’est-ce pas ?


1) La taille ne fait pas le moine

À l’heure des montres connectées, du Wearable Computing et des lunettes 3D, la technologie n’est pas toujours une amie. L’un des principaux écueils à éviter, lorsque l’on veut se lancer dans le Digital Djing (c’est à dire au sens large : travailler avec des musiques au format numérique), réside au sein d’une mauvaise gestion de sa bibliothèque. Il est devenu si facile de se procurer en un clique l’intégrale de Patrick Sébastien (légalement bien sûr ! Qui voudrait nuire à un artiste qui prône une « petite p*pe avant d’aller au lit » ? Ce serait se tirer une balle dans le pied.) que nombre d’entre nous (moi le premier), nous sommes attachés pendant des années à obtenir la bibliothèque la plus complète possible, et pouvoir pallier n’importe quelle demande impromptue (encore une fois, il faudrait un article complet pour traiter de ces cas particuliers…).

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.10.05La bibliothèque de l’enfer…

Énorme erreur. Avoir une trop grosse bi…bliothèque rend non seulement la gestion de celle-ci complexe mais surtout complique son utilisation lors d’une prestation. Comme souvent, il est préférable de se concentrer sur la qualité et pas sur la quantité. Il est tellement facile de télécharger, d’ajouter, de ranger proprement et de finalement ne jamais jouer ce morceau de Bossa Nova normande qui aurait à coup sûr dû figurer dans le top Beatport Deep House de 2014. En restreignant votre bibliothèque, vous vous assurez d’avoir ce dont vous avez besoin, et de ne pas vous alourdir de milliers de morceaux, que vous n’aurez plus jamais envie de jouer. Vous vous y retrouverez plus facilement en plein live, et vous gérerez le tout plus facilement jour après jour.

Personnellement, je me limite à un peu plus d’un millier de morceaux. C’est déjà beaucoup, mais surtout cela devient pour moi assez ingérable au delà. À vous de voir quelle est votre limite !

zero-freitas-nytimes1-810x552Zero Freitas, l’homme à la plus grosse bibliothèque du monde. Ne pas reproduire chez vous.


2) Entretenir son petit jardin secret, sa bibliothèque

Mettre au point une bibliothèque nécessite donc non seulement de se limiter mais demande surtout beaucoup de temps.

Vous l’avez compris (j’espère ?), il ne s’agit pas de s’arrêter une fois la barre des 1000 morceaux atteinte, et de ne plus jamais au grand jamais rien y rajouter. Il s’agira en quelque sorte d’un processus de digestion:

À l’image des repas ingurgités, vous allez nourrir votre bibliothèque en téléchargeant (légalement ! Dois-je me répéter ? Diantre !) de nouveaux morceaux toutes les semaines, mois, ou années (dans ce dernier cas, arrêtez le Djing à moins que vous n’ayez d’ores et déjà les futurs bombes des 100 prochaines années sur votre disque dur. Ainsi qu’une Dolorean. Bref.)

Vous allez digérer ces nouveaux morceaux. En valent-ils vraiment la peine ? Sont-ils assez bons pour figurer dans votre bibliothèque limitée en terme de place ? S’agit-il d’un coup de coeur certes, mais qui est cependant difficile à intégrer dans un de vos sets ? (Bill Withers, je n’ai rien contre toi vieux, mais j’arriverai jamais à te caser !)

bill-withers-greatest-hitssoi pa deg bb

Attention à bien différencier vos besoins et envies perso et ceux de votre bibliothèque de Djing, ce n’est qu’après avoir laissé un peu de temps de réflexion que je décide d’intégrer certains titres de ma bibliothèque perso dans ma bibliothèque Djing.

Enfin, le moment le plus difficile: vous avez ingéré, digéré, il s’agit maintenant d’exfiltrer discrètement les titres qui n’ont plus leur place dans ce Valhalla qu’est votre bibliothèque de Djing. Puisque on ajoute d’un côté, il faut enlever de l’autre, je vous fais pas un dessin ? Si ? OK !

DIGESTION PROBLEM« Ouille aïe ouille, ces morceaux des Bloody Beetroots ont vraiment mal vieilli, impossible de garder ça une minute de plus »

C’est dans ces moments-là que je me rends compte que mes goûts et les tendances ont changé, et que certains titres n’ont plus vraiment leur place dans ma bibliothèque. Les enlever périodiquement permet de ne garder que le meilleur, tout en améliorant votre connaissance de votre bibliothèque, ce qui n’est pas négligeable !


3) Classer et ranger sa bibliothèque

On arrive probablement au moment le plus fastidieux mais néanmoins primordial de la gestion d’une bibliothèque. Ranger et classer ses titres.

Petite introduction aux principes de catégorisation de psychologies cognitives.

fbdPsycho conni..cogueuni.. …enfin, neuro-sciences quoi.

« La catégorisation est une activité mentale qui consiste à placer un ensemble d’objets dans différentes catégories en fonction de leurs similarités ou de critères communs. »

Quiconque a déjà tenté d’organiser un minimum une bibliothèque de plusieurs centaines de morceaux comprendra donc aisément que c’est exactement ce qu’on essaie de faire: on reproduit le fonctionnement de son propre cerveau ! Fichtre !

Il s’agit en effet de « stocker l’information en la structurant de manière mémorisable (que l’on puisse retrouver) et opérante (facilement accessible) », exactement comme le fait notre adorable cervelle.

Pour la faire courte, et aussi parce que je suis pas encore maître de conférence en « phsychaucogue » comme disent les mecs qui pèsent dans le milieux, on va s’attacher à tout classer dans différentes catégories de genre musicaux, qui contiendront elles mêmes différentes playlists d’assortiments d’artistes (comme les glaces) dans lesquels vous ajouterez les titres qui VOUS semblent similaires, ou qui sont liés dans votre esprit.

images«  Got it ?! »

A/ Dossiers de genre

iTunes permet de classer les playlists par dossier. J’ai donc à ma disposition les dossiers: Electro House, House, Electro, Techno, Electro Funk, etc. Ça a du sens pour moi, même si ça parait pas clair pour d’autres, et c’est ça le truc ! Il faut que vous soyez toujours dans l’optique d’un outil de travail qui doit être fait à votre image, selon votre sensibilité ! Ça n’a pas de sens de parler House et Electro ? Pour moi si ! Il ne s’agit pas de définir précisément les genres (j’en serais bien incapable), il s’agit de vous créer de véritables points de repères !

Vous ressentez le besoin de différencier la French Touch période 95-2000 (aussi assujettie au préfixe « 1.0 ») de la seconde vague 2005-2010 (« 2.0 » du coup. Malin.) ALLEZ-Y. L’important est que ça ait du sens pour vous ! Cette catégorisation doit vous permettre d’extérioriser vos propres schémas de pensée et de hiérarchisation.

bob-sinclar« Si tu me fous avec Brodinsky, je te jure je me casse » Chris Le Friant, aka Bob Sinclar.

Astuce :
Je classe mes dossiers de genre (en majuscule) avec une lettre permettant de classer alphabétiquement, selon mes envies, les styles que j’affectionne le plus ou le moins. Ça permet de rendre la bibliothèque encore plus rapidement accessible et claire.

Capture d’écran 2015-05-10 à 21.50.32Ma bibliothèque, classée par dossiers de genre

B/ Playlists

L’erreur à ne pas faire ici serait de vouloir à tout prix faire une playlist par artiste. Ce n’est pas une bonne solution à mes yeux, pour plusieurs raisons : d’abord certains artistes peuvent considérablement changer de style au cours de leurs carrières (on en parle, de Skream ?). Dans le même temps, certains morceaux gagnent à être classés suivant leurs styles propres, et surtout votre propre ressenti, et ne doivent donc pas se limiter à leur artiste.

J’ai par exemple beaucoup de mal à classer Signatune, de feu Dj Mehdi, avec le reste de son oeuvre. Le morceau est tellement différent de ce qu’il avait l’habitude de faire. Dans le même temps, je sais que je le trouverai avec ses autres morceaux, parce qu’il y a tout de même sa place. Tout l’intérêt est bien ici d’accéder le plus rapidement et facilement au morceau qui vous intéresse en plein set, mais également de se laisser guider pour naviguer entre différentes playlists et offrir la tournure que vous voulez à votre mix. J’arrange donc mes playlists au fil de mes envies, desmes coups de coeur du moment, en accolant différents artistes, labels, et même styles lorsque je n’ai pas de quoi en faire un dossier de genre complet !

Votre playlist ne doit pas dépasser plus d’une trentaine de titres, au delà il est préférable de scinder et de réorganiser les titres dans différentes playlists existantes ou que vous créerez. Vous devez trouver le juste milieu entre trop de playlists (qui ne condensent pas assez et qui ne contiennent chacune que quelques morceaux) et pas assez de playlist donc trop de morceau et qui pourraient être mieux classés. De la même manière que je classe les dossiers de genre par ordre alphabétique, je numérote mes playlist en fonction de l’utilisation que j’en fais.
L’idée, encore une fois, est que tout cela doit être à votre image et modulable à volonté. Vous n’aimez plus du tout le Kuduro (suppôts de Satan !), supprimez la playlist affiliée et réintégrez les morceaux qui en valent la peine (haha) dans d’autres playlists, et même dans d’autres dossiers de genre si votre vision de la musique a complètement changé entretemps ! (En prenant toutefois en compte qu’après être passé par le Kuduro et ce quelles qu’en soient les raisons, c’est foutu. Mettez vous à la peinture. Au Yoga. Ne revenez plus jamais ici.)

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.22.18Le classement par playlist au sein des dossiers de genre

C/ Classement par notes

Une fois votre playlist faite, certains détails permettent jusqu’au bout de s’y retrouver et de faciliter l’utilisation de votre bibliothèque.

Je note les titres dans chaque playlist, pas en fonction de leurs qualité ni en fonction de mon appréciation personnelle, mais plutôt sur leurs capacités à faire danser la foule et à plaire à votre audience. Attention, il ne s’agit pas de noter tous vos tubes à 5 étoiles, mais aussi d’intégrer des titres moins connus mais dont vous êtes sûrs qu’ils feront un carton, quitte à les rétrograder ensuite (un peu à l’image du triple A chez les agences de notation bancaire, finalement !) si l’accueil n’a pas été si favorable. Je classe ensuite mes playlists grâce à ces notations, c’est à dire que mes titres sont classés des meilleures aux plus mauvaise notes (de 5 à 1 étoile sur iTunes donc).

73499913-300x389« Désolé Romain, mais c’était vraiment un bide ton dernier Disclosure ce soir » D.Peterson – Standard &Poor’s.

Encore une fois, les maitres mots ici sont l’adaptabilité, la modularité et l’évolution.

Je vous conseille enfin de sélectionner avec soin les caractéristiques de classement d’iTunes et de les standardiser sur l’ensemble de vos playlists Artiste, Nom, Durée. Choisissez ce que vous parait le plus pertinent et l’ordre qui vous convient le mieux (en vous imaginant à chaque fois sur scène, dans le feu de l’action). Je me rend compte ici par exemple qu’il serait judicieux d’ajouter le bitrate, c’est à dire la résolution d’encodage du morceau. Il faut en effet à tout prix éviter les morceaux de trop mauvaise qualité si vous ne voulez pas rater complètement votre prochain drop !

Capture d’écran 2015-05-10 à 22.31.35When A Fire Starts To Burn, de Disclosure, un classique qui restera à 5 étoiles pour un bon moment

Astuce n°1:
Vous l’avez remarqué, j’utilise les indications de BPM, il faut pour cela faire un clique droit dans n’importe lequel de ces caractéristiques pour obtenir la liste que vous propose iTunes, quitte à enlever ou rajouter des éléments qui vous intéressent comme la date de sortie, ou le label. Le BPM est calculé par des logiciels type Traktor, Rekordbox, et s’ajoute donc automatiquement dans ce champ BPM. Logique.

Astuce n°2:
Vous l’avez aussi peut-être remarqué (vous êtes vraiment doués !), mes commentaires contiennent les clés harmoniques des morceaux (leurs tonalités). J’ai utilisé pour cela le logiciel gratuit KeyFinder, mais d’autres font sûrement ça mieux à l’instar du leader Mixed In Key (dans lequel j’investirai un jour, c’est sur !) et les plus expérimentés d’entre vous peuvent même avoir l’outrecuidance de le faire directement à l’oreille.


Bonus

Ces quelques petites astuces vous seront peut-être utiles. À l’image des dossiers de genre, j’ai trois autres dossiers un petit peu spéciaux :

Dossier Événements
Le premier réunit mes playlists « évènements » : ma bibliothèque bien rangée m’aide non seulement à me diriger en live, mais également à préparer en amont mes futures prestations. En effet, en fonction des évènements, j’ai parfois un contexte particulier à prendre en compte, je ne mixerai pas la même chose dans un bar lounge ou dans une grosse soirée techno. Je me prépare ainsi avant chaque évènement une trentaine de titres en fonction de mes envies du moment et des attentes de ladite soirée. Garder ces playlist permet de m’en inspirer lorsque j’ai des évènements similaires à préparer, je peux enfin mesurer l’évolution de mes goûts et envies, et retrouver une sorte de parcours musical enregistré au fil des mois.

Dossier Essentiels
J’aime également avoir certaines playlists par artiste qui ne reprennent pas les titres dudit musicien mais plutôt ses « essentiels »: les titres qu’il aime passer lors de mixes enregistrés et que l’on retrouvent souvent dans ses performances. Il s’agit en quelque sorte de capturer la « touche », la « patte » de vos DJs préférés.

Dossier Mixs
Enfin, j’aime avoir à disposition des mixs d’artistes, que j’apprécie particulièrement. Cela permet non seulement de pouvoir les réécouter plus facilement, mais également de pouvoir les diffuser lorsque vous êtes le seul DJ sur place et que vous avez besoin de vous installer tranquillement, ou de chauffer gentiment l’audience en buvant un mojito sur la plage avant de rentrer dans le vif du sujet.

Rêvasse donc au lieu de travailler !

D’où vient l’inspiration ?

Chacun, musicien ou non, a sans doute eu un jour l’idée d’un morceau original. Une musique vous tombe du ciel sans que vous ayez rien demandé. Elle est là, dans votre tête. Si vous n’en faites rien, elle finira dans votre cimetière à idées ; mais si vous savez écrire ou jouer de la musique, vous la travaillez un peu pour lui donner forme, vous l’éprouvez en vous aidant d’un piano ou d’une guitare et voilà. Le morceau est là, à vous. Pour cette compo-là, tout est venu de manière tellement claire et évidente, qu’il n’est pas même utile d’avoir beaucoup de connaissances. Ce que l’oreille entend et conçoit bien est forcément juste.  C’est quand on veut créer un deuxième morceau  que les ennuis commencent… Car il est rare que le miracle originel se reproduise, et si on attend que cela arrive, mieux vaut être très, très patient…  Or sans idée inspirée, tout le bagage technique ou théorique se retrouve sans oxygène. L’inspiration ne remplace pas le travail mais elle est au cœur de la composition, c’est elle qui lui donne une âme et sa personnalité. Dans cette rubrique COMPOSITION il sera beaucoup question de technique, d’analyse, d’harmonie… Mais je voulais aujourd’hui interroger la naissance de la création : d’où vient l’inspiration ? Partant du principe que rien ne ressemble plus à un homme qu’un autre homme, je vais faire de mon cas une généralité et présenter ma manière de chercher des idées. Si cela marche pour moi, ma foi… Il se trouve peut-être quelqu’un quelque part pour qui ce qui suit ne semblera pas trop bête. Qu’il m’en fasse part, j’en serai heureux.

  1. Oublie ton solfège et ton bon goût

Lorsque l’idée paraît, ce ne sont pas les quelques connaissances que j’ai en harmonie ou en solfège qui  me sont le plus utiles. Elles constitueraient même plutôt un poids encombrant. Oui, oui, le savoir sera utile quand il faudra donner forme à tout cela. Bien sûr… mais pas tout de suite. D’abord pour trouver une idée originale, vous êtes prié de descendre de quelques étages :  dans les zones naïves et brutes de votre cerveau. Soyez attentif à ce qui vous vient naturellement, en vous efforçant de ne pas vous laisser polluer  par vos prétentions artistiques.  L’idée première ne ressemble pas d’abord à ce que j’ai appris ou travaillé consciencieusement – même si l’oreille de musicien que j’ai laborieusement construite intervient immédiatement pour s’emparer et transformer la matière première. Pour ma part, je crois que la totalité des idées personnelles qui me viennent prennent racine dans ce qui a traversé mes oreilles entre 3 et 8 ans, avant que je sois capable de mettre un nom sur le moindre accord. L’idée de départ est donc bien souvent quelque chose de minuscule et souvent ridicule aux yeux du petit musicien que je suis devenu : trois notes, ou trois syllabes,  un motif rythmique, un son. Quand il m’arrive d’émettre des hypothèses sur l’origine d’une de mes idées, on est très loin de ce que j’ai appris au conservatoire. On retrouve beaucoup de comptines enfantines, ce qui passait sur l’électrophone de ma sœur et toutes les musiques débiles ou non qui passaient à la radio ou à la télé à la fin des années 1970. Les mélodies faciles et accrocheuses de Joe Dassin, le passage en mineur du générique de Chapi Chapo, les paroles simples et efficaces d’“Au clair de la lune”. Quant à mon goût pour le contrepoint il me vient sans doute plus  de  “Frère Jacques” que de Bach. Vous pouvez rire… Ces “influences“ ne sont pas forcément ce que j’aime, mais je me suis aperçu qu’elles se retrouvaient souvent au cœur de mes compositions. Que cela me plaise ou non. Quand la composition est travaillée cet élément peut rester intact, quelque part dans la création, ou être transformé. Parfois, on ne le retrouvera même plus de manière identifiable. Mais en ayant joué un rôle primordial aux premiers instants de la création, il constituera à  jamais son ombilic. Quelle que soit son évolution, il sera un peu comme une giclée de peinture brute, directement sortie du tube à qui le peintre choisit ensuite de donner forme, selon son goût, son intelligence et son savoir faire.

  1. Laisse la technologie de côté

Le bagage théorique est à l’idée neuve ce que la technologie est à sa mise en forme : utile dans un second temps, mais lourd et contre productif d’abord. A la maison, j’ai tout un tas de bidules qui servent à écrire la musique, la jouer ou l’enregistrer. Pourtant  j’attends le plus longtemps possible avant de m’en servir. J’ai souvenir, en mon jeune temps, d’avoir écrit intégralement une chanson dans le train, parole et musique, sans autre bloc note que ma mémoire. D’abord, je rêve (voir point suivant), puis quand je note une idée que j’ai peur d’oublier, j’utilise des outils très rudimentaires et peu encombrants. Les idées viennent souvent à des moments ou en des lieux insolites (au réveil, dans le salon pendant que je suis occupé à tout autre chose, en voiture en train de conduire…), il me faut pour les noter quelque chose d’immédiatement accessible, à portée de main n’importe où et n’importe quand. J’ai dans ma veste un petit dictaphone au son tout pourri (qu’il m’arrive de poser sur ma table de chevet) et dans une pochette qui me suit partout un petit cahier avec des portées, type cahier de solfège. Ce dénuement comporte deux avantages : d’abord il est accessible partout. Combien de fois il m’est arrivé d’avoir en tête un chef d’œuvre oublié dans la demi heure qui suivait pour ne pas avoir eu de quoi en noter la première idée ? Ensuite, comme la trace que je laisse d’abord livre l’idée dans son plus simple appareil –  et même pis ! – celle-ci peut continuer à cheminer librement dans mon esprit, sans qu’elle soit polluée par la technologie embarquée dans un appareil sophistiqué.

  1. Rêvasse au lieu de travailler !

On ne cherche pas une idée, c’est elle qui surgit. Selon son bon vouloir. Et c’est bien le problème. Pourtant j’ai recours à quelques astuces qui me servent d’appât.  Voici une liste un peu désordonnée, chacun y trouvera ce qu’il voudra. Là encore, je me dis que ce qui est vrai pour moi le sera peut-être pour quelqu’un d’autre.

–  S’allonger

La plupart des idées me viennent en rêvassant. Pour provoquer cet état, il m’arrive souvent de m’allonger en pleine journée. Il est plus généralement convenu qu’il faut s’agiter et transpirer pour travailler. Pourtant c’est souvent dans cette position que  mon activité est la plus intense et que l’idée germe. Et quitte à alimenter le mythe de l’artiste-fainéant-parasite, j’affirme que lorsque l’idée paraît ainsi, allongé, les yeux clos, je me sens vidé et vraiment épuisé, comme  un ouvrier à la fin de sa journée.

– Marcher ou courir

Autre truc, bien connu des parents excédés et des créateurs de tout poil, le coup du “va donc prendre l’air”. Quelques idées me sont venues en plein air, en pratiquant le footing. L’idée de départ me vient rarement ainsi ; cette astuce est plutôt utile quand j’ai déjà commencé quelque chose mais que mon imagination tourne en rond à la recherche d’une issue. Il ne suffit pas de sortir, et n’importe quel sport ne convient pas. Je préconise exclusivement une activité d’endurance (type marche ou course à pied), qui imposent aux gestes et à la respiration un rythme hypnotique, régulier et continu : cela offre un terreau favorable à la musique tout en laissant l’esprit suffisamment libre pour faire totalement abstraction de l’environnement.

– Écrire le matin

La gestion du temps joue un rôle important. Je ne crois pas être le seul musicien à avoir remarqué qu’on “entend” mieux le matin. J’ai du mal à concevoir la musique le soir.

– Extrapoler à partir de fragments d’idées

L’idée neuve et personnelle est souvent si ténue qu’elle est inaudible et lointaine. Pour l’entendre mieux, on aurait besoin d’un mur contre lequel projeter sa faible idée et la voir revenir, avec plus de force bien en face de soi. Comme un écho amplifié. Je connais deux astuces qui permettent de donner vie à cela.

a)  La première dépend d’une conjonction de circonstances favorables, tout à fait banales, mais indépendantes de la volonté du créateur. Quand l’occasion se présente, à vous de ne pas la laisser filer. Situation concrète : une musique vous parvient d’une autre pièce, elle attire votre oreille mais la distance et les murs qui vous séparent de la source sonore vous empêchent de l’entendre correctement. Vous n’en percevez clairement ni la mélodie, ni les accords. Un peu comme quand on observe une image abstraite, vous ne supportez pas de percevoir quelque chose qui s’impose à vous mais qui ne ressemble à rien de connu. Par conséquent, votre imagination ne peut pas s’empêcher de transformer cette chose indistincte et incomplète pour la faire entrer dans une forme plus familière. Vous vous éloignez  de la pièce d’où les sons vous parvenaient afin de ne plus rien entendre que votre musique intérieure. Maintenant  c’est à vous d’extrapoler : la musique se métamorphose et se solidifie dans votre esprit. Cela devient maintenant quelque chose qui vous est connu, clos comme un œuf. Intérieurement, vous entendez les instruments, la mélodie, les accords, tout. Ça y est… Cette idée est la vôtre.

b) Le temps et la rêverie agissent de la même manière. Quand une idée m’est venue et que, par le travail, je l’ai développée autant que je le pouvais sans pour autant être parvenu à un résultat satisfaisant, je l’examine à nouveau quelques temps plus tard et la fais rebondir contre les murs (et ici c’est une métaphore) de mon imagination. C’est souvent alors que des contours plus nets apparaissent et que certaines intuitions fragiles évoluent, se précisent et se transforment en certitudes. La rumination des vaches qui doivent digérer deux fois leur repas pour parfaire leur bouse est une autre image moins poétique mais tout aussi vraie pour parler du même phénomène.

Bon. Voilà ce qui se passe dans ma pauvre tête. Et vous, comment trouvez-vous vos idées ? Avec vos commentaires et ce que j’ai laissé de côté, il y aura peut-être un jour assez de matière pour donner une suite à cet article.

Le cas de la dubstep

La dubstep (oui, je dis “la dubstep”, pour raccourcir “la musique dubstep”, il faudrait dire “le dubstep”, mais tu vas faire quoi, hein) est un genre de musique électronique né en Angleterre à la fin des années 90, avec des influences telles que la drum ‘n’ bass, la dub, ou le 2-step. Certains éléments sont récurrents, mais pas indispensables, tels qu’un tempo de l’ordre de 140, une caisse claire sur le troisième temps de la mesure (rythmique dédoublée), une basse très présente, la présence de build-ups et de drops. La dubstep fait l’objet d’une grande controverse dans les milieux spécialisés : en effet, on peut distinguer deux grands sous-genres avec des caractéristiques musicales extrêmement différentes.

En gros, je vais dire que y a la dubstep underground, ou “souterraine”, et la dubstep mainstream, ou “grand public”. En gros. Cette scission est déjà réductrice (pas taper), mais tout le monde s’y retrouvera.

Vous trouverez sur les internets bon nombre d’historiques, à commencer par Wikipédia, qui retracent les origines de la dubstep. Ma culture dans le domaine ne me permet pas de replacer des morceaux emblématiques dans le temps, et il y a certainement des recoupements entre la dubstep underground et la dubstep mainstream. Cela dit, je peux tenter d’exposer ici les différences notables entre ces deux sous-genres.

La dubstep underground

La naissance de la dubstep underground est située en Angleterre. Ici, on aura une influence très importante de la dub. La basse ne tient pas toujours un rôle prépondérant, le rythme n’est pas marqué à outrance. L’atmosphère générale est plutôt sombre. L’idée que je me fais de ce sous-genre est bien représenté par le premier album de Skream, intitulé Skream! (2006) (ça s’appelle un album éponyme !). Autre grand nom de cette mouvance, Burial, avec son album Untrue (2007). On n’est pas exactement au début de la dubstep d’un point de vue chronologique, mais l’esprit reste assez cohérent avec les origines du genre.

Influence nette de la dub, basse sombre, sampling de flûte, tempo de 140 à la noire avec caisse claire sur le troisième temps.

La dubstep underground ne se présente pas comme une musique de danse : c’est là l’une des principales différences avec la dubstep mainstream. En ce sens, elle se rapproche d’autres genres comme l’Intelligent Dance Music (IDM), le downtempo, qui sont des genres parfois regroupés sous le terme electronica.

Morceau beaucoup plus rapide, influence nette de la drum ‘n’ bass, ambiance sombre, atmosphère planante.

La dubstep mainstream

Alors là, c’est très différent. Les producteurs de dubstep mainstream utilisent des procédés de synthèse très évolués, à base de modulation de fréquence (FM), pour créer des sons agressifs, centrés sur les mediums-graves, riches en harmoniques, aux sonorités presque vocales (ce sont les wub wub, wobble wobble et autres yayaya). Les percussions sont également assez violentes, avec des kicks très profonds et des caisses claires puissantes et réverbérées. A noter également l’utilisation massive de compresseurs en side-chain. Difficile d’aborder la dubstep mainstream sans penser à Skrillex, et son single Scary Monsters And Nice Sprites (2010), qui a largement participé à la popularité de ce genre. Egalement, parmi mes artistes préférés, le groupe Knife Party, composé du bassiste et du claviériste/chanteur de Pendulum, a produit d’excellentes pistes dubstep mainstream, comme Centipede, dans l’album Rage Valley (2012).

Influence beaucoup plus électro, interventions de sons agressifs qui ponctuent le morceau, présence d’une mélodie, et surtout des bons gros drops des familles.

La dubstep mainstream est associée par beaucoup à la mouvance Electronic Dance Music (EDM), qui sévit actuellement aux Etats-Unis. Ce terme en fera frémir beaucoup, considéré comme un terme “fourre-tout” regroupant de nombreux genres sans liens les uns avec les autres, à des fins largement commerciales, d’autant que cette mouvance jouit d’une immense popularité outre-atlantique. De mon point de vue, la dubstep mainstream, par son agressivité et ses sonorités explosives, se rapproche du metal ; c’est d’ailleurs tout naturellement que nombre de remixs et covers metal-dubstep pullulent sur le net.

Cover d’un morceau dubstep de Knife Party à la guitare éléctrique et grosse disto !

Alors, pourquoi ?

Et ben voui, pourquoi la dubstep fait-elle autant parler d’elle ? Pourquoi ce fossé, que dis-je, ces barbelés et miradors, entre la dubstep mainstream et la dubstep underground ? Parce que oui, tous les amateurs, au sens large, de musique électronique que je connais ont leur opinion très tranchée sur le sujet. A défaut de proposer une réponse franche, voici quelques éléments qui peuvent répondre à cette question.

Historiquement, la dubstep mainstream s’est construite par-dessus les bases jetées par la dubstep underground. Comme je l’ai dit plus haut, Skrillex a largement engrangé la dubstep mainstream en 2010, soit plus de dix ans après les débuts de la dubstep underground. D’aucuns affirment ainsi que “Skrillex a détourné la dubstep”. Bien entendu, ça serait vrai si la dubstep de Skrillex avait empêché définitivement toutes formes de productions underground postérieures à 2010, ce qui n’est pas le cas puisque les deux sous-genres coexistent bel et bien ; cependant, un certain sentiment de trahison, d’usurpation, est présent chez les adeptes du son originel, pour ces raisons.

En outre, la popularité de la dubstep mainstream, et de l’EDM en général, est immense, notamment aux Etats-Unis. L’Europe y reste assez hermétique, forte d’une longue tradition de productions électroniques peut-être plus recherchées, avec notamment la house italienne, la drum ‘n’ bass anglaise, la French Touch, etc. Cela dit, cette popularité dépasse largement celle que la dubstep underground a pu rencontrer durant ses quelques années d’existence, contribuant ainsi à entretenir une certaine rancœur.

Bien entendu, il va sans dire que les structures des morceaux, les sonorités employées, les messages transmis, sont très différents entre les deux sous-genres, parfois même aux antipodes. Seuls les quelques caractéristiques citées au premier paragraphe peuvent se retrouver dans les deux mouvances – et encore. Ainsi, d’un point de vue musical, le couple dubstep mainstream/underground présente bien des similitudes avec le binôme jungle/drum ‘n’ bass.

Vous avez ici un bref aperçu de la fracture dubstepienne, qui fait rage en ce moment. Il m’est délicat de rester 1) le plus objectif possible et 2) le plus concis possible, et j’espère que vous me pardonnerez l’écriture parfois suisse et les affirmations à l’emporte-pièce. D’une manière générale, considérez qu’il y a du bon et du moins bon partout, et qu’il faut faire le tri : l’un des genres ne prédomine pas sur l’autre, en termes de qualité musicale. Si vous vous sentez outré, faites-m’en donc part dans les commentaires, et on en parlera autour d’un bonne choucroute.

Peace,

Le Paug.

MIDI à sa porte

Si vous vous intéressez un tant soit peu à la musique, électronique ou non, vous avez sans doute été confronté, à un moment ou un autre, à cet acronyme : le MIDI. Pour les musiciens, le MIDI n’est ni un repas, ni une région du sud : c’est un état d’esprit.

Penser la musique en termes de MIDI peut parfois changer radicalement notre conception de la musique, c’est pourquoi il est important de bien comprendre cet univers. Dans cet article, un peu de technique, que je simplifie un peu puisque ça n’est pas le cœur du sujet.

Fonctionnement

MIDI est un acronyme signifiant Musical Instrument Digital Interface, et conçu en 1982 – c’est pas tout jeune. Il s’agit, en termes techniques, d’un protocole d’échange de données de contrôle, conçu spécialement pour la musique, permettant à deux périphériques d’échanger des données. Ce protocole, c’est-à-dire cette convention établie dans le milieu de la musique, permet à deux instruments de se comprendre rapidement et parfaitement en échangeant le moins de données possibles. En gros, tout le monde s’est mis d’accord pour dire que, quand on envoie un message MIDI, ça ressemble à ça :

10010001 00011000 00100000

Et tout le monde sait ce que ça veut dire. Ça nous avance bien, hein ? Bon.

Avant tout, le MIDI est un protocole numérique, c’est-à-dire que les messages sont constitués de 1 et de 0 envoyés les uns après les autres, en série. Traditionnellement, on les regroupe par paquets de 8. Vous l’aurez compris, la suite de l’article fera référence au code binaire. Un petit coup d’œil sur ce lien vous aidera à comprendre un peu mieux la suite de l’article :

http://eskimon.fr/89-arduino-102-quelques-bases-elementaires#559277

Dans un message MIDI, la structure est normée, donc toujours la même. Les 4 premiers chiffres indiquent le type de message envoyé : il peut s’agir de jouer une note donnée (note on, 1001), arrêter de jouer une note (note off, 1000), commande de contrôle (CC, 1011) ou commande de programme (PC, 1100), et quelques autres déclinaisons ésotériques. Un message MIDI débute systématiquement par un 1, indiquant le début du message. Dans l’exemple plus haut, il s’agit un message de type Note On (1001).

Les quatre suivants indiquent le numéro du périphérique à qui le message s’adresse, entre 1 et 16 : l’idée est qu’un même message peut être envoyé à 16 périphériques, mais seul l’appareil concerné réagira. Dans l’exemple, le message est adressé au canal 1 (0001).

Le chiffre suivant est nécessairement un 0 ; les 7 chiffres suivants indiquent la hauteur de la note, avec 128 notes possibles (pour un CC ou un PC, il s’agit simplement d’un numéro de paramètre ou de programme). Dans l’exemple, 00011000 correspond au nombre 24, soit un Do1 en convention MIDI.

La convention MIDI pour les notes est résumée dans ce tableau :

tables of note names, frequencies, midi numbers and piano keys(source : http://newt.phys.unsw.edu.au/jw/notes.html)

Enfin, on retrouve un 0, puis les 7 derniers indiquent la vélocité, c’est-à-dire la vitesse à laquelle la note est attaquée, avec 128 nuances possibles (pour un CC, c’est juste la valeur du paramètre). Les PC et CC sont systématiquement interprétés par le receveur comme des modifications de certains paramètres du son (filtres, effets, etc. sans aucune limitation !). Dans l’exemple, la vélocité (00100000) vaut 32.

Une liste exhaustive des messages est disponible sur le site officiel du MIDI, à l’adresse suivante (en anglais) :

http://www.midi.org/techspecs/midimessages.php

Tout ceci peut sembler abstrait, mais dans la pratique, c’est beaucoup plus simple ! Aucun musicien ne pense avec des 1 et des 0, bien sûr.

Lorsque j’utilise un clavier maître relié à mon ordinateur, et que j’appuie sur une touche (mettons un ré), l’ordinateur joue un son. Ce son est un ré, avec une intensité dépendant de la vitesse avec laquelle j’ai enfoncé la touche. Idem lorsque je relâche la touche. Et voilà, c’est le MIDI ! Les messages échangés entre le clavier maître et l’ordinateur suivent la structure décrite plus haut, mais tout cela est absolument transparent pour l’utilisateur. Pour autant, connaître le contenu des messages ouvre de nombreuses possibilités, comme nous le verrons plus loin.

VRAI ou FAUX n°1 : Le MIDI permet-il de transmettre du son ?

Et bien non, le MIDI ne transmet pas de son, mais seulement des informations sur les notes à jouer. On parle souvent de sons MIDI, comme étant des sons peu réalistes, de mauvaise qualité, etc. On fait en fait référence aux premiers expandeurs (les appareils qui émettent, à partir d’un signal MIDI, des sons avec les hauteurs et vélocités correspondantes), qui datent des années 80, aux possibilités très limitées, et qui ont contribué à ce lieu commun.

VRAI ou FAUX n°2 : Le MIDI est-il un format de connectique ?

Il vrai qu’à l’origine, les synthétiseurs des années 80 répondant à la norme MIDI disposaient de connecteurs standardisés de type DIN 5 broches. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais on trouve également des périphériques USB, Ethernet, ou même en Wi-Fi ou Bluetooth : le point commun est que la structure des messages échangés reste la même, quelle que soit la connectique employée.

La connectique DIN 5 broches (crédits : looperman.com)

Applications

A l’origine, le MIDI permettait l’échange entre un clavier maître, émettant uniquement du MIDI, et un expandeur, qui transforme ces messages en sons. La norme MIDI avait alors permis l’utilisation de nombreux périphériques différents, par des constructeurs variés, et pouvant communiquer simplement et rapidement, avec une approche modulaire : à chaque musicien de se constituer son assemblage de claviers, d’expandeurs, de synthétiseurs, séquenceurs, etc. Parallèlement à cela, deux appareils peuvent synchroniser leurs tempos par MIDI – on parle alors de la synchronisation d’horloge ; l’un des deux appareils doit être le maître (master), qui indique une pulsation précise à l’esclave (slave), afin que les deux appareils soient en rythme à coup sûr.

De nos jours, la quasi-totalité des appareils destinés à la Musique Assistée par Ordinateur utilise le protocole MIDI. Qu’il s’agisse du Launchpad S de Novation, des claviers maîtres Roland, des surfaces de contrôle de Keith McMillen et j’en passe, tous ces appareils envoient à l’ordinateur des messages MIDI, et en reçoivent même parfois.

Le contrôleur OHM RGB de Livid Instruments. Oui oui, ça aussi, c’est du MIDI. (cérdits : Livid Instruments)

C’est ensuite à l’ordinateur d’interpréter ces messages. Et c’est là que ça devient drôle ! Parce que l’ordinateur est capable de toutes les folies. Jouer un sample de Mariah Carey quand on lui envoie un La4 ? Facile. Ouvrir un filtre passe-bas avec le message de commande 24 ? Ca roule. Ou même : changer la couleur d’un spot lumineux en fonction de la vélocité d’une note ? Easy. Tout est possible… Il s’agit juste de ne pas se perdre !

Prenons le cas du Launchpad S de Novation, comme dans cette vidéo. J’insiste sur le S, qui est la seconde version de ce contrôleur : la première version, présentée dans la vidéo et au fonctionnement similaire, utilisait un protocole non standard d’échange de données (ah, capitalisme, quand tu nous tiens). Ce contrôleur très en vogue, avec ses 64 +16 boutons rétro-éclairés de trois couleurs, semble complexe… Et pourtant, ça n’est que du MIDI de 1982 !
Chaque pad envoie un message MIDI de type Note On (1001) quand il est enfoncé, et Note Off (1000) quand il est relâché ; chaque pad a sa hauteur de note qui lui est propre. Les pads ne sont pas sensibles à la vélocité, les messages transmis sont donc “full velocity” (01111111). La rangée supérieure envoie des messages de type CC, avec un numéro de paramètre pour chaque bouton et une valeur de 127 (0111111).

Tout le traitement est en réalité géré par le logiciel (Ableton Live, pour ne pas le citer). C’est lui qui modifie l’éclairage des boutons, qui permet de lancer des samples, des boucles, des scènes, des sons de batterie, voire de modifier des paramètres (colonnes rouges…). La couleur des pads est adressée de manière simple : le Launchpad reçoit, en provenance du logiciel, des messages MIDI de type Note On et Off. La hauteur de la note indique le pad à éclairer, et la vélocité indique la couleur. Pas con, hein ?

La complexité du contrôleur, permettant des fonctionnalités très, mais alors très étendues, dépasse de loin le cadre du MIDI original. Ces fonctionnalités ne sont permises que par un travail étroit entre les concepteurs du contrôleur et les développeurs du logiciel : pendant très longtemps, le Launchpad ne pouvait être utilisé qu’en conjonction avec Ableton Live. On voit bien qu’on est loin d’un simple échange de notes à jouer, alors que le protocole est strictement identique depuis 1982…

Et après ?

Le protocole MIDI a soufflé ses 33 bougies cette année. Ne serait-il pas temps de penser à la suite ? Le successeur s’appelle OSC, pour Open Sound Control. Les messages sont alors structurés comme des valeurs numériques envoyées à des adresses URL (donc du texte). L’URL, ça n’est pas seulement une adresse Internet : c’est simplement une manière d’écrire des adresses en catégories et sous-catégories, avec des slash comme séparateurs. Ca peut donner quelque chose du type :

/synth/filter/frequency 2500      ou       /drums/snare 120

Tandis que, dans le MIDI, la structure est rigide, l’OSC permet à deux périphériques de se mettre d’accord sur la structure à suivre, ainsi que sur les plages de valeurs. L’ensemble est plus lisible pour l’humain, plus rapide, et plus flexible. L’OSC est destiné à des périphériques numériques puissants, pouvant décoder des URL : peu de chances de les voir apparaître dans des synthétiseurs hardware d’entrée de gamme avant bien longtemps. En revanche, les logiciels dédiés exploitent déjà largement ce protocole, sur ordinateur, iPad, Android, etc.

Le MIDI va-t-il pour autant être remplacé par l’OSC ? J’en doute. Parce que, si le MIDI est encore LE standard de communication numérique en musique, c’est par sa simplicité de mise en oeuvre et sa stabilité ; des qualités qu’on ne retrouve pas toujours dans l’OSC.

Voilà qui termine cet article sur le MIDI et ses applications. Étant donné qu’on le retrouve absolument partout en musique, il me semblait crucial d’établir des bases sur le sujet, pour que tout le monde s’y retrouve. N’hésitez pas à laisser vos remarques, questions et autres en commentaire !

Le Paugator.