Gérer sa bibliothèque iTunes à l’heure du digital DJing

2015, le DJ est devenu la figure incontournable de l’industrie musicale. Qu’il s’agisse d’un producteur répondant à l’appel des feux de la rampe, de l’animateur de ton mariage, ou de ton petit frère, le DJ tel l’agent Smith dans la trilogie Matrix est omniprésent, en chacun de nous.

tumblr_nnrygf7mMm1spxzuxo1_500Year 2030 : everyone’s a DJ

De nombreux éléments nous permettent de comprendre cette montée en puissance au fil des années mais pourraient faire l’objet d’un blog entier tant les leviers de cette ascension sont nombreux. Je pense tout d’abord au coût moindre qu’a longtemps représenté un DJ seul face à un groupe de musiciens à payer pour une soirée, à l’engouement pour les musiques électroniques depuis plus d’une vingtaine d’année ainsi qu’à l’avènement des technologies du numériques qui ont permis à tout un chacun d’accéder immédiatement à la quasi totalité des créations musicales disponibles.

C’est sur ce dernier point que j’aimerais m’attarder aujourd’hui. La bonne gestion de sa bibliothèque s’apprend et requiert de mettre en place dès le début de bonnes habitudes, histoire de ne pas avoir à tout reprendre en cours de route.

Gérer et classer sa bibliothèque numérique est primordial, cela permet de donner un cadre stable pour s’orienter plus facilement durant un mix en fonction de vos envie et des attentes et réactions du public.

La première chose à faire est de définir cette bibliothèque. J’utilise iTunes et le reste de l’article  se concentrera sur ce logiciel qui, bien que n’étant pas exempt de défauts, me convient particulièrement. Vous pouvez ainsi créer une bibliothèque différente de votre bibliothèque personnelle, ou bien mélanger les deux à condition de classer l’ensemble de vos dossiers, playlists et titres de DJ au sein d’un dossier particulier, bien nommé « DJ ». Original, n’est-ce pas ?


1) La taille ne fait pas le moine

À l’heure des montres connectées, du Wearable Computing et des lunettes 3D, la technologie n’est pas toujours une amie. L’un des principaux écueils à éviter, lorsque l’on veut se lancer dans le Digital Djing (c’est à dire au sens large : travailler avec des musiques au format numérique), réside au sein d’une mauvaise gestion de sa bibliothèque. Il est devenu si facile de se procurer en un clique l’intégrale de Patrick Sébastien (légalement bien sûr ! Qui voudrait nuire à un artiste qui prône une « petite p*pe avant d’aller au lit » ? Ce serait se tirer une balle dans le pied.) que nombre d’entre nous (moi le premier), nous sommes attachés pendant des années à obtenir la bibliothèque la plus complète possible, et pouvoir pallier n’importe quelle demande impromptue (encore une fois, il faudrait un article complet pour traiter de ces cas particuliers…).

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.10.05La bibliothèque de l’enfer…

Énorme erreur. Avoir une trop grosse bi…bliothèque rend non seulement la gestion de celle-ci complexe mais surtout complique son utilisation lors d’une prestation. Comme souvent, il est préférable de se concentrer sur la qualité et pas sur la quantité. Il est tellement facile de télécharger, d’ajouter, de ranger proprement et de finalement ne jamais jouer ce morceau de Bossa Nova normande qui aurait à coup sûr dû figurer dans le top Beatport Deep House de 2014. En restreignant votre bibliothèque, vous vous assurez d’avoir ce dont vous avez besoin, et de ne pas vous alourdir de milliers de morceaux, que vous n’aurez plus jamais envie de jouer. Vous vous y retrouverez plus facilement en plein live, et vous gérerez le tout plus facilement jour après jour.

Personnellement, je me limite à un peu plus d’un millier de morceaux. C’est déjà beaucoup, mais surtout cela devient pour moi assez ingérable au delà. À vous de voir quelle est votre limite !

zero-freitas-nytimes1-810x552Zero Freitas, l’homme à la plus grosse bibliothèque du monde. Ne pas reproduire chez vous.


2) Entretenir son petit jardin secret, sa bibliothèque

Mettre au point une bibliothèque nécessite donc non seulement de se limiter mais demande surtout beaucoup de temps.

Vous l’avez compris (j’espère ?), il ne s’agit pas de s’arrêter une fois la barre des 1000 morceaux atteinte, et de ne plus jamais au grand jamais rien y rajouter. Il s’agira en quelque sorte d’un processus de digestion:

À l’image des repas ingurgités, vous allez nourrir votre bibliothèque en téléchargeant (légalement ! Dois-je me répéter ? Diantre !) de nouveaux morceaux toutes les semaines, mois, ou années (dans ce dernier cas, arrêtez le Djing à moins que vous n’ayez d’ores et déjà les futurs bombes des 100 prochaines années sur votre disque dur. Ainsi qu’une Dolorean. Bref.)

Vous allez digérer ces nouveaux morceaux. En valent-ils vraiment la peine ? Sont-ils assez bons pour figurer dans votre bibliothèque limitée en terme de place ? S’agit-il d’un coup de coeur certes, mais qui est cependant difficile à intégrer dans un de vos sets ? (Bill Withers, je n’ai rien contre toi vieux, mais j’arriverai jamais à te caser !)

bill-withers-greatest-hitssoi pa deg bb

Attention à bien différencier vos besoins et envies perso et ceux de votre bibliothèque de Djing, ce n’est qu’après avoir laissé un peu de temps de réflexion que je décide d’intégrer certains titres de ma bibliothèque perso dans ma bibliothèque Djing.

Enfin, le moment le plus difficile: vous avez ingéré, digéré, il s’agit maintenant d’exfiltrer discrètement les titres qui n’ont plus leur place dans ce Valhalla qu’est votre bibliothèque de Djing. Puisque on ajoute d’un côté, il faut enlever de l’autre, je vous fais pas un dessin ? Si ? OK !

DIGESTION PROBLEM« Ouille aïe ouille, ces morceaux des Bloody Beetroots ont vraiment mal vieilli, impossible de garder ça une minute de plus »

C’est dans ces moments-là que je me rends compte que mes goûts et les tendances ont changé, et que certains titres n’ont plus vraiment leur place dans ma bibliothèque. Les enlever périodiquement permet de ne garder que le meilleur, tout en améliorant votre connaissance de votre bibliothèque, ce qui n’est pas négligeable !


3) Classer et ranger sa bibliothèque

On arrive probablement au moment le plus fastidieux mais néanmoins primordial de la gestion d’une bibliothèque. Ranger et classer ses titres.

Petite introduction aux principes de catégorisation de psychologies cognitives.

fbdPsycho conni..cogueuni.. …enfin, neuro-sciences quoi.

« La catégorisation est une activité mentale qui consiste à placer un ensemble d’objets dans différentes catégories en fonction de leurs similarités ou de critères communs. »

Quiconque a déjà tenté d’organiser un minimum une bibliothèque de plusieurs centaines de morceaux comprendra donc aisément que c’est exactement ce qu’on essaie de faire: on reproduit le fonctionnement de son propre cerveau ! Fichtre !

Il s’agit en effet de « stocker l’information en la structurant de manière mémorisable (que l’on puisse retrouver) et opérante (facilement accessible) », exactement comme le fait notre adorable cervelle.

Pour la faire courte, et aussi parce que je suis pas encore maître de conférence en « phsychaucogue » comme disent les mecs qui pèsent dans le milieux, on va s’attacher à tout classer dans différentes catégories de genre musicaux, qui contiendront elles mêmes différentes playlists d’assortiments d’artistes (comme les glaces) dans lesquels vous ajouterez les titres qui VOUS semblent similaires, ou qui sont liés dans votre esprit.

images«  Got it ?! »

A/ Dossiers de genre

iTunes permet de classer les playlists par dossier. J’ai donc à ma disposition les dossiers: Electro House, House, Electro, Techno, Electro Funk, etc. Ça a du sens pour moi, même si ça parait pas clair pour d’autres, et c’est ça le truc ! Il faut que vous soyez toujours dans l’optique d’un outil de travail qui doit être fait à votre image, selon votre sensibilité ! Ça n’a pas de sens de parler House et Electro ? Pour moi si ! Il ne s’agit pas de définir précisément les genres (j’en serais bien incapable), il s’agit de vous créer de véritables points de repères !

Vous ressentez le besoin de différencier la French Touch période 95-2000 (aussi assujettie au préfixe « 1.0 ») de la seconde vague 2005-2010 (« 2.0 » du coup. Malin.) ALLEZ-Y. L’important est que ça ait du sens pour vous ! Cette catégorisation doit vous permettre d’extérioriser vos propres schémas de pensée et de hiérarchisation.

bob-sinclar« Si tu me fous avec Brodinsky, je te jure je me casse » Chris Le Friant, aka Bob Sinclar.

Astuce :
Je classe mes dossiers de genre (en majuscule) avec une lettre permettant de classer alphabétiquement, selon mes envies, les styles que j’affectionne le plus ou le moins. Ça permet de rendre la bibliothèque encore plus rapidement accessible et claire.

Capture d’écran 2015-05-10 à 21.50.32Ma bibliothèque, classée par dossiers de genre

B/ Playlists

L’erreur à ne pas faire ici serait de vouloir à tout prix faire une playlist par artiste. Ce n’est pas une bonne solution à mes yeux, pour plusieurs raisons : d’abord certains artistes peuvent considérablement changer de style au cours de leurs carrières (on en parle, de Skream ?). Dans le même temps, certains morceaux gagnent à être classés suivant leurs styles propres, et surtout votre propre ressenti, et ne doivent donc pas se limiter à leur artiste.

J’ai par exemple beaucoup de mal à classer Signatune, de feu Dj Mehdi, avec le reste de son oeuvre. Le morceau est tellement différent de ce qu’il avait l’habitude de faire. Dans le même temps, je sais que je le trouverai avec ses autres morceaux, parce qu’il y a tout de même sa place. Tout l’intérêt est bien ici d’accéder le plus rapidement et facilement au morceau qui vous intéresse en plein set, mais également de se laisser guider pour naviguer entre différentes playlists et offrir la tournure que vous voulez à votre mix. J’arrange donc mes playlists au fil de mes envies, desmes coups de coeur du moment, en accolant différents artistes, labels, et même styles lorsque je n’ai pas de quoi en faire un dossier de genre complet !

Votre playlist ne doit pas dépasser plus d’une trentaine de titres, au delà il est préférable de scinder et de réorganiser les titres dans différentes playlists existantes ou que vous créerez. Vous devez trouver le juste milieu entre trop de playlists (qui ne condensent pas assez et qui ne contiennent chacune que quelques morceaux) et pas assez de playlist donc trop de morceau et qui pourraient être mieux classés. De la même manière que je classe les dossiers de genre par ordre alphabétique, je numérote mes playlist en fonction de l’utilisation que j’en fais.
L’idée, encore une fois, est que tout cela doit être à votre image et modulable à volonté. Vous n’aimez plus du tout le Kuduro (suppôts de Satan !), supprimez la playlist affiliée et réintégrez les morceaux qui en valent la peine (haha) dans d’autres playlists, et même dans d’autres dossiers de genre si votre vision de la musique a complètement changé entretemps ! (En prenant toutefois en compte qu’après être passé par le Kuduro et ce quelles qu’en soient les raisons, c’est foutu. Mettez vous à la peinture. Au Yoga. Ne revenez plus jamais ici.)

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.22.18Le classement par playlist au sein des dossiers de genre

C/ Classement par notes

Une fois votre playlist faite, certains détails permettent jusqu’au bout de s’y retrouver et de faciliter l’utilisation de votre bibliothèque.

Je note les titres dans chaque playlist, pas en fonction de leurs qualité ni en fonction de mon appréciation personnelle, mais plutôt sur leurs capacités à faire danser la foule et à plaire à votre audience. Attention, il ne s’agit pas de noter tous vos tubes à 5 étoiles, mais aussi d’intégrer des titres moins connus mais dont vous êtes sûrs qu’ils feront un carton, quitte à les rétrograder ensuite (un peu à l’image du triple A chez les agences de notation bancaire, finalement !) si l’accueil n’a pas été si favorable. Je classe ensuite mes playlists grâce à ces notations, c’est à dire que mes titres sont classés des meilleures aux plus mauvaise notes (de 5 à 1 étoile sur iTunes donc).

73499913-300x389« Désolé Romain, mais c’était vraiment un bide ton dernier Disclosure ce soir » D.Peterson – Standard &Poor’s.

Encore une fois, les maitres mots ici sont l’adaptabilité, la modularité et l’évolution.

Je vous conseille enfin de sélectionner avec soin les caractéristiques de classement d’iTunes et de les standardiser sur l’ensemble de vos playlists Artiste, Nom, Durée. Choisissez ce que vous parait le plus pertinent et l’ordre qui vous convient le mieux (en vous imaginant à chaque fois sur scène, dans le feu de l’action). Je me rend compte ici par exemple qu’il serait judicieux d’ajouter le bitrate, c’est à dire la résolution d’encodage du morceau. Il faut en effet à tout prix éviter les morceaux de trop mauvaise qualité si vous ne voulez pas rater complètement votre prochain drop !

Capture d’écran 2015-05-10 à 22.31.35When A Fire Starts To Burn, de Disclosure, un classique qui restera à 5 étoiles pour un bon moment

Astuce n°1:
Vous l’avez remarqué, j’utilise les indications de BPM, il faut pour cela faire un clique droit dans n’importe lequel de ces caractéristiques pour obtenir la liste que vous propose iTunes, quitte à enlever ou rajouter des éléments qui vous intéressent comme la date de sortie, ou le label. Le BPM est calculé par des logiciels type Traktor, Rekordbox, et s’ajoute donc automatiquement dans ce champ BPM. Logique.

Astuce n°2:
Vous l’avez aussi peut-être remarqué (vous êtes vraiment doués !), mes commentaires contiennent les clés harmoniques des morceaux (leurs tonalités). J’ai utilisé pour cela le logiciel gratuit KeyFinder, mais d’autres font sûrement ça mieux à l’instar du leader Mixed In Key (dans lequel j’investirai un jour, c’est sur !) et les plus expérimentés d’entre vous peuvent même avoir l’outrecuidance de le faire directement à l’oreille.


Bonus

Ces quelques petites astuces vous seront peut-être utiles. À l’image des dossiers de genre, j’ai trois autres dossiers un petit peu spéciaux :

Dossier Événements
Le premier réunit mes playlists « évènements » : ma bibliothèque bien rangée m’aide non seulement à me diriger en live, mais également à préparer en amont mes futures prestations. En effet, en fonction des évènements, j’ai parfois un contexte particulier à prendre en compte, je ne mixerai pas la même chose dans un bar lounge ou dans une grosse soirée techno. Je me prépare ainsi avant chaque évènement une trentaine de titres en fonction de mes envies du moment et des attentes de ladite soirée. Garder ces playlist permet de m’en inspirer lorsque j’ai des évènements similaires à préparer, je peux enfin mesurer l’évolution de mes goûts et envies, et retrouver une sorte de parcours musical enregistré au fil des mois.

Dossier Essentiels
J’aime également avoir certaines playlists par artiste qui ne reprennent pas les titres dudit musicien mais plutôt ses « essentiels »: les titres qu’il aime passer lors de mixes enregistrés et que l’on retrouvent souvent dans ses performances. Il s’agit en quelque sorte de capturer la « touche », la « patte » de vos DJs préférés.

Dossier Mixs
Enfin, j’aime avoir à disposition des mixs d’artistes, que j’apprécie particulièrement. Cela permet non seulement de pouvoir les réécouter plus facilement, mais également de pouvoir les diffuser lorsque vous êtes le seul DJ sur place et que vous avez besoin de vous installer tranquillement, ou de chauffer gentiment l’audience en buvant un mojito sur la plage avant de rentrer dans le vif du sujet.

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