Gérer sa bibliothèque iTunes à l’heure du digital DJing

2015, le DJ est devenu la figure incontournable de l’industrie musicale. Qu’il s’agisse d’un producteur répondant à l’appel des feux de la rampe, de l’animateur de ton mariage, ou de ton petit frère, le DJ tel l’agent Smith dans la trilogie Matrix est omniprésent, en chacun de nous.

tumblr_nnrygf7mMm1spxzuxo1_500Year 2030 : everyone’s a DJ

De nombreux éléments nous permettent de comprendre cette montée en puissance au fil des années mais pourraient faire l’objet d’un blog entier tant les leviers de cette ascension sont nombreux. Je pense tout d’abord au coût moindre qu’a longtemps représenté un DJ seul face à un groupe de musiciens à payer pour une soirée, à l’engouement pour les musiques électroniques depuis plus d’une vingtaine d’année ainsi qu’à l’avènement des technologies du numériques qui ont permis à tout un chacun d’accéder immédiatement à la quasi totalité des créations musicales disponibles.

C’est sur ce dernier point que j’aimerais m’attarder aujourd’hui. La bonne gestion de sa bibliothèque s’apprend et requiert de mettre en place dès le début de bonnes habitudes, histoire de ne pas avoir à tout reprendre en cours de route.

Gérer et classer sa bibliothèque numérique est primordial, cela permet de donner un cadre stable pour s’orienter plus facilement durant un mix en fonction de vos envie et des attentes et réactions du public.

La première chose à faire est de définir cette bibliothèque. J’utilise iTunes et le reste de l’article  se concentrera sur ce logiciel qui, bien que n’étant pas exempt de défauts, me convient particulièrement. Vous pouvez ainsi créer une bibliothèque différente de votre bibliothèque personnelle, ou bien mélanger les deux à condition de classer l’ensemble de vos dossiers, playlists et titres de DJ au sein d’un dossier particulier, bien nommé « DJ ». Original, n’est-ce pas ?


1) La taille ne fait pas le moine

À l’heure des montres connectées, du Wearable Computing et des lunettes 3D, la technologie n’est pas toujours une amie. L’un des principaux écueils à éviter, lorsque l’on veut se lancer dans le Digital Djing (c’est à dire au sens large : travailler avec des musiques au format numérique), réside au sein d’une mauvaise gestion de sa bibliothèque. Il est devenu si facile de se procurer en un clique l’intégrale de Patrick Sébastien (légalement bien sûr ! Qui voudrait nuire à un artiste qui prône une « petite p*pe avant d’aller au lit » ? Ce serait se tirer une balle dans le pied.) que nombre d’entre nous (moi le premier), nous sommes attachés pendant des années à obtenir la bibliothèque la plus complète possible, et pouvoir pallier n’importe quelle demande impromptue (encore une fois, il faudrait un article complet pour traiter de ces cas particuliers…).

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.10.05La bibliothèque de l’enfer…

Énorme erreur. Avoir une trop grosse bi…bliothèque rend non seulement la gestion de celle-ci complexe mais surtout complique son utilisation lors d’une prestation. Comme souvent, il est préférable de se concentrer sur la qualité et pas sur la quantité. Il est tellement facile de télécharger, d’ajouter, de ranger proprement et de finalement ne jamais jouer ce morceau de Bossa Nova normande qui aurait à coup sûr dû figurer dans le top Beatport Deep House de 2014. En restreignant votre bibliothèque, vous vous assurez d’avoir ce dont vous avez besoin, et de ne pas vous alourdir de milliers de morceaux, que vous n’aurez plus jamais envie de jouer. Vous vous y retrouverez plus facilement en plein live, et vous gérerez le tout plus facilement jour après jour.

Personnellement, je me limite à un peu plus d’un millier de morceaux. C’est déjà beaucoup, mais surtout cela devient pour moi assez ingérable au delà. À vous de voir quelle est votre limite !

zero-freitas-nytimes1-810x552Zero Freitas, l’homme à la plus grosse bibliothèque du monde. Ne pas reproduire chez vous.


2) Entretenir son petit jardin secret, sa bibliothèque

Mettre au point une bibliothèque nécessite donc non seulement de se limiter mais demande surtout beaucoup de temps.

Vous l’avez compris (j’espère ?), il ne s’agit pas de s’arrêter une fois la barre des 1000 morceaux atteinte, et de ne plus jamais au grand jamais rien y rajouter. Il s’agira en quelque sorte d’un processus de digestion:

À l’image des repas ingurgités, vous allez nourrir votre bibliothèque en téléchargeant (légalement ! Dois-je me répéter ? Diantre !) de nouveaux morceaux toutes les semaines, mois, ou années (dans ce dernier cas, arrêtez le Djing à moins que vous n’ayez d’ores et déjà les futurs bombes des 100 prochaines années sur votre disque dur. Ainsi qu’une Dolorean. Bref.)

Vous allez digérer ces nouveaux morceaux. En valent-ils vraiment la peine ? Sont-ils assez bons pour figurer dans votre bibliothèque limitée en terme de place ? S’agit-il d’un coup de coeur certes, mais qui est cependant difficile à intégrer dans un de vos sets ? (Bill Withers, je n’ai rien contre toi vieux, mais j’arriverai jamais à te caser !)

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Attention à bien différencier vos besoins et envies perso et ceux de votre bibliothèque de Djing, ce n’est qu’après avoir laissé un peu de temps de réflexion que je décide d’intégrer certains titres de ma bibliothèque perso dans ma bibliothèque Djing.

Enfin, le moment le plus difficile: vous avez ingéré, digéré, il s’agit maintenant d’exfiltrer discrètement les titres qui n’ont plus leur place dans ce Valhalla qu’est votre bibliothèque de Djing. Puisque on ajoute d’un côté, il faut enlever de l’autre, je vous fais pas un dessin ? Si ? OK !

DIGESTION PROBLEM« Ouille aïe ouille, ces morceaux des Bloody Beetroots ont vraiment mal vieilli, impossible de garder ça une minute de plus »

C’est dans ces moments-là que je me rends compte que mes goûts et les tendances ont changé, et que certains titres n’ont plus vraiment leur place dans ma bibliothèque. Les enlever périodiquement permet de ne garder que le meilleur, tout en améliorant votre connaissance de votre bibliothèque, ce qui n’est pas négligeable !


3) Classer et ranger sa bibliothèque

On arrive probablement au moment le plus fastidieux mais néanmoins primordial de la gestion d’une bibliothèque. Ranger et classer ses titres.

Petite introduction aux principes de catégorisation de psychologies cognitives.

fbdPsycho conni..cogueuni.. …enfin, neuro-sciences quoi.

« La catégorisation est une activité mentale qui consiste à placer un ensemble d’objets dans différentes catégories en fonction de leurs similarités ou de critères communs. »

Quiconque a déjà tenté d’organiser un minimum une bibliothèque de plusieurs centaines de morceaux comprendra donc aisément que c’est exactement ce qu’on essaie de faire: on reproduit le fonctionnement de son propre cerveau ! Fichtre !

Il s’agit en effet de « stocker l’information en la structurant de manière mémorisable (que l’on puisse retrouver) et opérante (facilement accessible) », exactement comme le fait notre adorable cervelle.

Pour la faire courte, et aussi parce que je suis pas encore maître de conférence en « phsychaucogue » comme disent les mecs qui pèsent dans le milieux, on va s’attacher à tout classer dans différentes catégories de genre musicaux, qui contiendront elles mêmes différentes playlists d’assortiments d’artistes (comme les glaces) dans lesquels vous ajouterez les titres qui VOUS semblent similaires, ou qui sont liés dans votre esprit.

images«  Got it ?! »

A/ Dossiers de genre

iTunes permet de classer les playlists par dossier. J’ai donc à ma disposition les dossiers: Electro House, House, Electro, Techno, Electro Funk, etc. Ça a du sens pour moi, même si ça parait pas clair pour d’autres, et c’est ça le truc ! Il faut que vous soyez toujours dans l’optique d’un outil de travail qui doit être fait à votre image, selon votre sensibilité ! Ça n’a pas de sens de parler House et Electro ? Pour moi si ! Il ne s’agit pas de définir précisément les genres (j’en serais bien incapable), il s’agit de vous créer de véritables points de repères !

Vous ressentez le besoin de différencier la French Touch période 95-2000 (aussi assujettie au préfixe « 1.0 ») de la seconde vague 2005-2010 (« 2.0 » du coup. Malin.) ALLEZ-Y. L’important est que ça ait du sens pour vous ! Cette catégorisation doit vous permettre d’extérioriser vos propres schémas de pensée et de hiérarchisation.

bob-sinclar« Si tu me fous avec Brodinsky, je te jure je me casse » Chris Le Friant, aka Bob Sinclar.

Astuce :
Je classe mes dossiers de genre (en majuscule) avec une lettre permettant de classer alphabétiquement, selon mes envies, les styles que j’affectionne le plus ou le moins. Ça permet de rendre la bibliothèque encore plus rapidement accessible et claire.

Capture d’écran 2015-05-10 à 21.50.32Ma bibliothèque, classée par dossiers de genre

B/ Playlists

L’erreur à ne pas faire ici serait de vouloir à tout prix faire une playlist par artiste. Ce n’est pas une bonne solution à mes yeux, pour plusieurs raisons : d’abord certains artistes peuvent considérablement changer de style au cours de leurs carrières (on en parle, de Skream ?). Dans le même temps, certains morceaux gagnent à être classés suivant leurs styles propres, et surtout votre propre ressenti, et ne doivent donc pas se limiter à leur artiste.

J’ai par exemple beaucoup de mal à classer Signatune, de feu Dj Mehdi, avec le reste de son oeuvre. Le morceau est tellement différent de ce qu’il avait l’habitude de faire. Dans le même temps, je sais que je le trouverai avec ses autres morceaux, parce qu’il y a tout de même sa place. Tout l’intérêt est bien ici d’accéder le plus rapidement et facilement au morceau qui vous intéresse en plein set, mais également de se laisser guider pour naviguer entre différentes playlists et offrir la tournure que vous voulez à votre mix. J’arrange donc mes playlists au fil de mes envies, desmes coups de coeur du moment, en accolant différents artistes, labels, et même styles lorsque je n’ai pas de quoi en faire un dossier de genre complet !

Votre playlist ne doit pas dépasser plus d’une trentaine de titres, au delà il est préférable de scinder et de réorganiser les titres dans différentes playlists existantes ou que vous créerez. Vous devez trouver le juste milieu entre trop de playlists (qui ne condensent pas assez et qui ne contiennent chacune que quelques morceaux) et pas assez de playlist donc trop de morceau et qui pourraient être mieux classés. De la même manière que je classe les dossiers de genre par ordre alphabétique, je numérote mes playlist en fonction de l’utilisation que j’en fais.
L’idée, encore une fois, est que tout cela doit être à votre image et modulable à volonté. Vous n’aimez plus du tout le Kuduro (suppôts de Satan !), supprimez la playlist affiliée et réintégrez les morceaux qui en valent la peine (haha) dans d’autres playlists, et même dans d’autres dossiers de genre si votre vision de la musique a complètement changé entretemps ! (En prenant toutefois en compte qu’après être passé par le Kuduro et ce quelles qu’en soient les raisons, c’est foutu. Mettez vous à la peinture. Au Yoga. Ne revenez plus jamais ici.)

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.22.18Le classement par playlist au sein des dossiers de genre

C/ Classement par notes

Une fois votre playlist faite, certains détails permettent jusqu’au bout de s’y retrouver et de faciliter l’utilisation de votre bibliothèque.

Je note les titres dans chaque playlist, pas en fonction de leurs qualité ni en fonction de mon appréciation personnelle, mais plutôt sur leurs capacités à faire danser la foule et à plaire à votre audience. Attention, il ne s’agit pas de noter tous vos tubes à 5 étoiles, mais aussi d’intégrer des titres moins connus mais dont vous êtes sûrs qu’ils feront un carton, quitte à les rétrograder ensuite (un peu à l’image du triple A chez les agences de notation bancaire, finalement !) si l’accueil n’a pas été si favorable. Je classe ensuite mes playlists grâce à ces notations, c’est à dire que mes titres sont classés des meilleures aux plus mauvaise notes (de 5 à 1 étoile sur iTunes donc).

73499913-300x389« Désolé Romain, mais c’était vraiment un bide ton dernier Disclosure ce soir » D.Peterson – Standard &Poor’s.

Encore une fois, les maitres mots ici sont l’adaptabilité, la modularité et l’évolution.

Je vous conseille enfin de sélectionner avec soin les caractéristiques de classement d’iTunes et de les standardiser sur l’ensemble de vos playlists Artiste, Nom, Durée. Choisissez ce que vous parait le plus pertinent et l’ordre qui vous convient le mieux (en vous imaginant à chaque fois sur scène, dans le feu de l’action). Je me rend compte ici par exemple qu’il serait judicieux d’ajouter le bitrate, c’est à dire la résolution d’encodage du morceau. Il faut en effet à tout prix éviter les morceaux de trop mauvaise qualité si vous ne voulez pas rater complètement votre prochain drop !

Capture d’écran 2015-05-10 à 22.31.35When A Fire Starts To Burn, de Disclosure, un classique qui restera à 5 étoiles pour un bon moment

Astuce n°1:
Vous l’avez remarqué, j’utilise les indications de BPM, il faut pour cela faire un clique droit dans n’importe lequel de ces caractéristiques pour obtenir la liste que vous propose iTunes, quitte à enlever ou rajouter des éléments qui vous intéressent comme la date de sortie, ou le label. Le BPM est calculé par des logiciels type Traktor, Rekordbox, et s’ajoute donc automatiquement dans ce champ BPM. Logique.

Astuce n°2:
Vous l’avez aussi peut-être remarqué (vous êtes vraiment doués !), mes commentaires contiennent les clés harmoniques des morceaux (leurs tonalités). J’ai utilisé pour cela le logiciel gratuit KeyFinder, mais d’autres font sûrement ça mieux à l’instar du leader Mixed In Key (dans lequel j’investirai un jour, c’est sur !) et les plus expérimentés d’entre vous peuvent même avoir l’outrecuidance de le faire directement à l’oreille.


Bonus

Ces quelques petites astuces vous seront peut-être utiles. À l’image des dossiers de genre, j’ai trois autres dossiers un petit peu spéciaux :

Dossier Événements
Le premier réunit mes playlists « évènements » : ma bibliothèque bien rangée m’aide non seulement à me diriger en live, mais également à préparer en amont mes futures prestations. En effet, en fonction des évènements, j’ai parfois un contexte particulier à prendre en compte, je ne mixerai pas la même chose dans un bar lounge ou dans une grosse soirée techno. Je me prépare ainsi avant chaque évènement une trentaine de titres en fonction de mes envies du moment et des attentes de ladite soirée. Garder ces playlist permet de m’en inspirer lorsque j’ai des évènements similaires à préparer, je peux enfin mesurer l’évolution de mes goûts et envies, et retrouver une sorte de parcours musical enregistré au fil des mois.

Dossier Essentiels
J’aime également avoir certaines playlists par artiste qui ne reprennent pas les titres dudit musicien mais plutôt ses « essentiels »: les titres qu’il aime passer lors de mixes enregistrés et que l’on retrouvent souvent dans ses performances. Il s’agit en quelque sorte de capturer la « touche », la « patte » de vos DJs préférés.

Dossier Mixs
Enfin, j’aime avoir à disposition des mixs d’artistes, que j’apprécie particulièrement. Cela permet non seulement de pouvoir les réécouter plus facilement, mais également de pouvoir les diffuser lorsque vous êtes le seul DJ sur place et que vous avez besoin de vous installer tranquillement, ou de chauffer gentiment l’audience en buvant un mojito sur la plage avant de rentrer dans le vif du sujet.

MIDI à sa porte

Si vous vous intéressez un tant soit peu à la musique, électronique ou non, vous avez sans doute été confronté, à un moment ou un autre, à cet acronyme : le MIDI. Pour les musiciens, le MIDI n’est ni un repas, ni une région du sud : c’est un état d’esprit.

Penser la musique en termes de MIDI peut parfois changer radicalement notre conception de la musique, c’est pourquoi il est important de bien comprendre cet univers. Dans cet article, un peu de technique, que je simplifie un peu puisque ça n’est pas le cœur du sujet.

Fonctionnement

MIDI est un acronyme signifiant Musical Instrument Digital Interface, et conçu en 1982 – c’est pas tout jeune. Il s’agit, en termes techniques, d’un protocole d’échange de données de contrôle, conçu spécialement pour la musique, permettant à deux périphériques d’échanger des données. Ce protocole, c’est-à-dire cette convention établie dans le milieu de la musique, permet à deux instruments de se comprendre rapidement et parfaitement en échangeant le moins de données possibles. En gros, tout le monde s’est mis d’accord pour dire que, quand on envoie un message MIDI, ça ressemble à ça :

10010001 00011000 00100000

Et tout le monde sait ce que ça veut dire. Ça nous avance bien, hein ? Bon.

Avant tout, le MIDI est un protocole numérique, c’est-à-dire que les messages sont constitués de 1 et de 0 envoyés les uns après les autres, en série. Traditionnellement, on les regroupe par paquets de 8. Vous l’aurez compris, la suite de l’article fera référence au code binaire. Un petit coup d’œil sur ce lien vous aidera à comprendre un peu mieux la suite de l’article :

http://eskimon.fr/89-arduino-102-quelques-bases-elementaires#559277

Dans un message MIDI, la structure est normée, donc toujours la même. Les 4 premiers chiffres indiquent le type de message envoyé : il peut s’agir de jouer une note donnée (note on, 1001), arrêter de jouer une note (note off, 1000), commande de contrôle (CC, 1011) ou commande de programme (PC, 1100), et quelques autres déclinaisons ésotériques. Un message MIDI débute systématiquement par un 1, indiquant le début du message. Dans l’exemple plus haut, il s’agit un message de type Note On (1001).

Les quatre suivants indiquent le numéro du périphérique à qui le message s’adresse, entre 1 et 16 : l’idée est qu’un même message peut être envoyé à 16 périphériques, mais seul l’appareil concerné réagira. Dans l’exemple, le message est adressé au canal 1 (0001).

Le chiffre suivant est nécessairement un 0 ; les 7 chiffres suivants indiquent la hauteur de la note, avec 128 notes possibles (pour un CC ou un PC, il s’agit simplement d’un numéro de paramètre ou de programme). Dans l’exemple, 00011000 correspond au nombre 24, soit un Do1 en convention MIDI.

La convention MIDI pour les notes est résumée dans ce tableau :

tables of note names, frequencies, midi numbers and piano keys(source : http://newt.phys.unsw.edu.au/jw/notes.html)

Enfin, on retrouve un 0, puis les 7 derniers indiquent la vélocité, c’est-à-dire la vitesse à laquelle la note est attaquée, avec 128 nuances possibles (pour un CC, c’est juste la valeur du paramètre). Les PC et CC sont systématiquement interprétés par le receveur comme des modifications de certains paramètres du son (filtres, effets, etc. sans aucune limitation !). Dans l’exemple, la vélocité (00100000) vaut 32.

Une liste exhaustive des messages est disponible sur le site officiel du MIDI, à l’adresse suivante (en anglais) :

http://www.midi.org/techspecs/midimessages.php

Tout ceci peut sembler abstrait, mais dans la pratique, c’est beaucoup plus simple ! Aucun musicien ne pense avec des 1 et des 0, bien sûr.

Lorsque j’utilise un clavier maître relié à mon ordinateur, et que j’appuie sur une touche (mettons un ré), l’ordinateur joue un son. Ce son est un ré, avec une intensité dépendant de la vitesse avec laquelle j’ai enfoncé la touche. Idem lorsque je relâche la touche. Et voilà, c’est le MIDI ! Les messages échangés entre le clavier maître et l’ordinateur suivent la structure décrite plus haut, mais tout cela est absolument transparent pour l’utilisateur. Pour autant, connaître le contenu des messages ouvre de nombreuses possibilités, comme nous le verrons plus loin.

VRAI ou FAUX n°1 : Le MIDI permet-il de transmettre du son ?

Et bien non, le MIDI ne transmet pas de son, mais seulement des informations sur les notes à jouer. On parle souvent de sons MIDI, comme étant des sons peu réalistes, de mauvaise qualité, etc. On fait en fait référence aux premiers expandeurs (les appareils qui émettent, à partir d’un signal MIDI, des sons avec les hauteurs et vélocités correspondantes), qui datent des années 80, aux possibilités très limitées, et qui ont contribué à ce lieu commun.

VRAI ou FAUX n°2 : Le MIDI est-il un format de connectique ?

Il vrai qu’à l’origine, les synthétiseurs des années 80 répondant à la norme MIDI disposaient de connecteurs standardisés de type DIN 5 broches. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais on trouve également des périphériques USB, Ethernet, ou même en Wi-Fi ou Bluetooth : le point commun est que la structure des messages échangés reste la même, quelle que soit la connectique employée.

La connectique DIN 5 broches (crédits : looperman.com)

Applications

A l’origine, le MIDI permettait l’échange entre un clavier maître, émettant uniquement du MIDI, et un expandeur, qui transforme ces messages en sons. La norme MIDI avait alors permis l’utilisation de nombreux périphériques différents, par des constructeurs variés, et pouvant communiquer simplement et rapidement, avec une approche modulaire : à chaque musicien de se constituer son assemblage de claviers, d’expandeurs, de synthétiseurs, séquenceurs, etc. Parallèlement à cela, deux appareils peuvent synchroniser leurs tempos par MIDI – on parle alors de la synchronisation d’horloge ; l’un des deux appareils doit être le maître (master), qui indique une pulsation précise à l’esclave (slave), afin que les deux appareils soient en rythme à coup sûr.

De nos jours, la quasi-totalité des appareils destinés à la Musique Assistée par Ordinateur utilise le protocole MIDI. Qu’il s’agisse du Launchpad S de Novation, des claviers maîtres Roland, des surfaces de contrôle de Keith McMillen et j’en passe, tous ces appareils envoient à l’ordinateur des messages MIDI, et en reçoivent même parfois.

Le contrôleur OHM RGB de Livid Instruments. Oui oui, ça aussi, c’est du MIDI. (cérdits : Livid Instruments)

C’est ensuite à l’ordinateur d’interpréter ces messages. Et c’est là que ça devient drôle ! Parce que l’ordinateur est capable de toutes les folies. Jouer un sample de Mariah Carey quand on lui envoie un La4 ? Facile. Ouvrir un filtre passe-bas avec le message de commande 24 ? Ca roule. Ou même : changer la couleur d’un spot lumineux en fonction de la vélocité d’une note ? Easy. Tout est possible… Il s’agit juste de ne pas se perdre !

Prenons le cas du Launchpad S de Novation, comme dans cette vidéo. J’insiste sur le S, qui est la seconde version de ce contrôleur : la première version, présentée dans la vidéo et au fonctionnement similaire, utilisait un protocole non standard d’échange de données (ah, capitalisme, quand tu nous tiens). Ce contrôleur très en vogue, avec ses 64 +16 boutons rétro-éclairés de trois couleurs, semble complexe… Et pourtant, ça n’est que du MIDI de 1982 !
Chaque pad envoie un message MIDI de type Note On (1001) quand il est enfoncé, et Note Off (1000) quand il est relâché ; chaque pad a sa hauteur de note qui lui est propre. Les pads ne sont pas sensibles à la vélocité, les messages transmis sont donc “full velocity” (01111111). La rangée supérieure envoie des messages de type CC, avec un numéro de paramètre pour chaque bouton et une valeur de 127 (0111111).

Tout le traitement est en réalité géré par le logiciel (Ableton Live, pour ne pas le citer). C’est lui qui modifie l’éclairage des boutons, qui permet de lancer des samples, des boucles, des scènes, des sons de batterie, voire de modifier des paramètres (colonnes rouges…). La couleur des pads est adressée de manière simple : le Launchpad reçoit, en provenance du logiciel, des messages MIDI de type Note On et Off. La hauteur de la note indique le pad à éclairer, et la vélocité indique la couleur. Pas con, hein ?

La complexité du contrôleur, permettant des fonctionnalités très, mais alors très étendues, dépasse de loin le cadre du MIDI original. Ces fonctionnalités ne sont permises que par un travail étroit entre les concepteurs du contrôleur et les développeurs du logiciel : pendant très longtemps, le Launchpad ne pouvait être utilisé qu’en conjonction avec Ableton Live. On voit bien qu’on est loin d’un simple échange de notes à jouer, alors que le protocole est strictement identique depuis 1982…

Et après ?

Le protocole MIDI a soufflé ses 33 bougies cette année. Ne serait-il pas temps de penser à la suite ? Le successeur s’appelle OSC, pour Open Sound Control. Les messages sont alors structurés comme des valeurs numériques envoyées à des adresses URL (donc du texte). L’URL, ça n’est pas seulement une adresse Internet : c’est simplement une manière d’écrire des adresses en catégories et sous-catégories, avec des slash comme séparateurs. Ca peut donner quelque chose du type :

/synth/filter/frequency 2500      ou       /drums/snare 120

Tandis que, dans le MIDI, la structure est rigide, l’OSC permet à deux périphériques de se mettre d’accord sur la structure à suivre, ainsi que sur les plages de valeurs. L’ensemble est plus lisible pour l’humain, plus rapide, et plus flexible. L’OSC est destiné à des périphériques numériques puissants, pouvant décoder des URL : peu de chances de les voir apparaître dans des synthétiseurs hardware d’entrée de gamme avant bien longtemps. En revanche, les logiciels dédiés exploitent déjà largement ce protocole, sur ordinateur, iPad, Android, etc.

Le MIDI va-t-il pour autant être remplacé par l’OSC ? J’en doute. Parce que, si le MIDI est encore LE standard de communication numérique en musique, c’est par sa simplicité de mise en oeuvre et sa stabilité ; des qualités qu’on ne retrouve pas toujours dans l’OSC.

Voilà qui termine cet article sur le MIDI et ses applications. Étant donné qu’on le retrouve absolument partout en musique, il me semblait crucial d’établir des bases sur le sujet, pour que tout le monde s’y retrouve. N’hésitez pas à laisser vos remarques, questions et autres en commentaire !

Le Paugator.